Mohamed Gharred à la conférence organisée par le Salon Du Développement Canado-Maghrébin

Mohamed Gharred à la conférence organisée par le Salon Du Développement Canado-Maghrébin

Le discours au complet de Mohamed Gharred à la conférence organisée par le Salon Du Développement Canado-Maghrébin.

Bonjour à tous,

 

J’aimerais, tout d’abord, remercier les organisateurs du salon du développement Canado-maghrébin de m'avoir donné l'opportunité de m'adresser à vous aujourd'hui. Je m'appelle Mohamed Gharred et je suis un activiste politique au Canada tout en gardant des liens forts avec mon pays d'origine qui est la Tunisie.

 

Aujourd’hui, je vais parler de l'importance de l'engagement des jeunes Maghrébins dans la vie politique. Mais avant de m'adresser spécifiquement aux jeunes Canadiens d'origine maghrébine, je parlerai un peu de l'engagement des jeunes en général en politique pour souligner quelques points importants. Permettez-moi de vous en dire plus à sur moi pour que vous puissiez comprendre le contexte qui m’a amené à venir traiter de ce sujet.

 

Je suis né le 10 octobre 1990, mon histoire avec la politique a commencé le 10 Novembre de la même année. A l'âge de 1 mois la politique est venue frapper à ma porte. Issu d'une famille oppressée par l'ancien régime de Ben Ali, une famille qui a milité, comme de nombreux tunisiens, pendant des décennies pour la démocratie et le pluralisme en Tunisie.

 

Mon engagement en politique est ainsi le résultat de mon expérience de vie et de mon vécu sous un régime dictatorial qui a bafoué les valeurs fondamentales des droits de l'homme, de la justice, des libertés et de la démocratie.

 

La société Tunisienne a souffert des conséquences du règne de Ben Ali. La corruption, l'injustice sociale, la torture, les procès politiques, la mafia, le déséquilibre du développement régional, le chômage, l'absence de la liberté d'expression, des fléaux dont les tunisiens n'avaient pas le droit de parler et qui étaient cachés sous de fausses apparences de réussite économique fantoche et d'une vie politique de décor.

 

C'est d'ailleurs cette réalité cachée que les tunisiens ont mise en lumière lors de leur soulèvement contre le régime de Ben Ali. J'étais parmi les jeunes qui ont participé à ce soulèvement pour réclamer haut et fort nos droits, nos libertés et une démocratie.

 

Après la révolution, mon engagement a pris d'autres dimensions. Deux ans après celle-ci, je suis arrivé à la conviction que tout ce que j'ai subi, tout ce que des milliers de familles ont subi, ne se résoudra pas par une justice basée sur la vengeance et la haine, mais plutôt, par une justice basée sur un engagement citoyen qui tire des leçons du passé pour bâtir un avenir meilleur pour les nouvelles générations. Une justice qui ne replonge plus jamais les milliers de jeunes qui, comme moi, ont été gravement touché par les injustices politiques, sociales et économiques.

 

Nous, jeunes tunisiens ayant pris part au soulèvement contre la dictature, avons refusé de nous positionner comme des victimes. Nous avons plutôt affirmé que nous sommes les acteurs de notre histoire, des citoyens actifs et déterminés à bâtir une autre réalité, plus en phase avec nos droits et nos libertés et surtout, garantissant le respect de la dignité humaine pour que plus personne ne subisse d'exactions ni d'injustices.

 

Une chose est certaine: on ne choisi peut-être pas nos parents ou notre passé, mais on peut choisir l'avenir qui nous rassemble autour de valeurs nobles et du concept du vivre ensemble.

 

J’ai ensuite immigré au Canada en 2010, d'ici j'ai continué à être impliqué et à suivre ce qui se passe dans mon pays d'origine tout en commençant doucement mon intégration dans ma nouvelle société d'accueil et dans ma communauté.

 

Je suivais de près l’actualité et très vite, j’ai remarqué que les maghrébins étaient au coeur de tous les débats électoraux, des sujets ethniques, identitaires, religieux, vestimentaires, du racisme systémique, de l'islamophobie, etc.

 

Je ne suis pas ici pour discuter de ces sujets, ni pour donner une analyse socio-politique. Je dois, toutefois, mentionner que j’ai passé les dernières 5 années à militer pour promouvoir un modèle Tunisien qui prouve que l’islam est compatible avec démocratie, droits de l'homme, liberté de conscience, valeurs universelles et le vivre ensemble. Toutes ces valeurs sont aujourd'hui bien entérinées dans la nouvelle Constitution Tunisienne grâce aux sacrifices généreux et à la détermination de générations de Tunisiens, dont certains ont péri dans les prisons de la dictature, tandis que d'autres ont pu fuir le goulag de celle-ci pour trouver refuge sous les démocraties libérales au Canada, aux états unis, en Grande Bretagne, en France et en Allemagne. Des personnes qui ont réussi à mettre en pratique un mariage entre leur identité arabo-musulmane et les valeurs de leurs pays d'accueil et qui ont bien compris ce que construire un vivre ensemble harmonieux nécessitait.

 

De mon côté, j'ai décidé de militer dans ma nouvelle société d'accueil pour prouver que nous, maghrébins, avec nos identités complexes et diversifiées, sommes compatibles avec notre société d'accueil. Nous sommes prêts à contribuer à bâtir notre pays d'accueil dans tous les domaines.

 

Le Canada reçoit chaque année des milliers d'immigrants. Chacun avec une histoire, chacun avec un savoir faire. Derrière le choix de quitter leur pays d'origine, nous retrouvons ceux ayant le désir de réussir une promotion sociale et professionnelle. Il y a également ceux qui ont fuit la guerre et ont immigré pour trouver la paix. Peu importe les raisons les ayant poussé à rejoindre une terre d’accueil inconnue, l'objectif commun est d’avoir un avenir meilleur.

 

Cet avenir ne sera meilleur qu'à travers une société solide, une économie prospère, un environnement sain, un système éducatif inclusif, de l'innovation scientifique et technologique, un système judiciaire efficace et un projet politique progressiste qui garantit la diversité, le multiculturalisme et la tolérance.

 

Plus dangereux que les débats identitaires et les discours de division, nous retrouvons l'incarcération des maghrébins dans le spectre identitaires. Nous sommes désireux de vivre notre citoyenneté et notre appartenance au Canada à part entière et nous refusons d'être confinés, limités dans ce spectre. Nous tenons à mettre en valeur notre citoyenneté, à contribuer positivement et à nous engager à bâtir avec nos concitoyens le projet d'un vivre ensemble harmonieux dans un pays prospère et fier de sa diversité.

 

Si on m’avait demandé de parler de l’engagement des jeunes en politique avant 2015, mon discours aurait pu être différent. Selon Élections Canada, nous avons enregistré une augmentation record de la participation des jeunes à la dernière élection fédérale. Ce taux de participation élevé est particulièrement dû au fait que cette catégorie d’électeurs a pu s’identifier au Premier Ministre actuel, Justin Trudeau.

 

Les jeunes se sont sentie interpelé par les propositions du parti Libéral parce que M. Trudeau a laissé transparaitre sa personnalité jeune et dynamique à travers la proximité qu’il entretient avec la population et un comportement spontané où il prenait, par exemple, des selfies. Les jeunes Canadiens d’origine maghrébine ne font pas exception. La majorité d’entre eux a voté pour Justin Trudeau parce qu’ils se sont vus en lui, mais aussi parce qu’ils ont été touchés par les messages forts véhiculés par ce dernier. Entre autres, son slogan « A Canadian is a Canadian is a Canadian », ses messages contre la politique de haine, la politique de division et la xénophobie. Le génie du chef du gouvernement Canadien vient du fait que les jeunes qui s'identifient à lui ne sont pas seulement ceux nés canadiens mais aussi ceux qui le sont devenus quelque soit leur origine, religion, couleur ou culture. Il leur donne envie d'être canadien et d'agir en politique, en fait il redonne l'espoir aux jeunes que la politique est à eux aussi et qu'ils peuvent y être une force de proposition et même d'action et de leadership.

 

Je ne suis pas d’accord lorsqu’on dit que les jeunes maghrébins ne sont pas engagés en politique. Au contraire, je pense que ces jeunes sont très impliqués en politique. Toutefois, le mode d’engagement nécessite certainement une évolution. Lorsqu’ils écrivent un statut Facebook pour donner leur position politique, c’est un engagement politique. Suivre et partager un article sur l’actualité, c’est un engagement politique. Prendre part à des manifestions, c’est un engagement politique. Le vote, est un engagement politique.

 

Maintenant si nous nous penchons sur le mode d’engagement, nous remarquons que plusieurs jeunes maghrébins sont impliqués dans la société civile, dans le milieu du travail syndical, etc. Ce qu’il nous manque aujourd’hui est notre implication dans les structures traditionnelles de la politique qui sont les partis politiques. Pour ma part, j’ai choisi de me joindre au Parti Libéral du Canada, parce qu’au delà d’être un parti simple, c’est un projet et une vision de société. Une société inclusive, une société multiculturelle et tenant compte des minorités visibles.

 

Les parties politiques étant les racines de l’autorité exécutive et de l’autorité législative, il faut que les jeunes maghrébins se sentent davantage interpelés par ce volet. Au-delà des ambitions professionnelles et personnelles sur lesquelles ils se concentrent, il faut qu’ils ressentent qu’à travers le travail politique, non seulement ils contribuent à leur avenir et à celui de leur famille, mais qu’également ils apportent beaucoup à leur pays d’accueil. Plus encore, il faut savoir qu’une bonne partie de la politique moderne est basé sur la spécialisation et qu’ainsi chaque cause qui leur est chère peut les amener à s’engager en politique pour défendre celle-ci. L’importance est aujourd’hui de comprendre l’impact positif de cet engagement auprès des partis politiques et d’avoir la volonté de faire changer les choses.

Pour finir, au moment où les forces progressistes dans quelques coins du monde essaient de contenir la montée de l'extrême droite chez l'opinion publique en mettant leurs discours en pratique. Je suis fier d'être dans un pays où l'ouverture, la tolérance, les libertés individuelles, l'accueil des réfugiés Syriens, l'amour... étaient des promesses électorales et un choix pour l'électeur...je suis fier d'être dans une société qui a voté pour ces valeurs...et notre présence aujourd'hui ici , notre rassemblement pour mieu servire notre société d'accueil est une réponse que ces choix ... ces politiques..fonctionnent...

Merci.

 

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